Quel bonheur de recevoir des témoignages de yogis anonymes. Découvrir leurs histoires avec le yoga, leurs histoires de vie. Leur donner la parole est l’objectif premier de Merci Yoga. Laissons aujourd’hui Robert, 67 ans, nous éclairer sur sa pratique personnelle et sur son cheminement pour se libérer de ses schémas mentaux et émotionnels, ses samskaras

Bonjour Robert, lE YOGA ET TOI, VOUS VOUS ÊTES RENCONTRÉS COMMENT ?

Imaginez que vous cherchiez quelqu’un dans une immense foule. Vous ignorez par où commencer, alors vous restez où vous êtes et puis, soudain, la personne se trouve devant vous. D’où vient-elle, où serait-elle allée si elle n’avait pas accroché votre regard ? vous ne savez pas, c’est un mystère. Il ne nous appartient pas de connaître le mystère, seulement de recevoir ses effets.

ÇA FAIT COMBIEN DE TEMPS QUE ÇA DURE ENTRE VOUS ?

J’ai commencé par une longue psychanalyse riche et réussie, terminée avant le yoga. Entre lui et moi, ça dure depuis 26 ans. Après une première période de 4 ou 5 ans de pratique, j’ai brutalement arrêté asanas et pranayamas pendant 15 à 20 ans. J’insiste sur le terme « arrêt brutal ». Je me souviens de ma dernière asana [posture de yoga], de ce qui s’est passé à l’intérieur de moi à ce moment-là, comme si c’était hier. Je continue seulement par une pratique de méditation régulière et soutenue. Pas moyen de toucher à mon corps, c’est l’obstruction complète. Par la méditation, il m’a fallu quinze années pour rentrer dans le blocage inconscient qui a entraîné l’arrêt de mon engagement. Et ce n’était pas triste, je peux vous l’assurer. Une arthrose lombaire et de la hanche gauche, une neuropathie périphérique, des intervalles d’abattement, un intervalle dépressif important et… je n’ose même pas exprimer les mots des situations extrêmes que j’ai traversées. Bon, alors, je nettoie par la méditation et le désir de reprendre les postures revient. Mais envoyer le prana [énergie vitale en yoga] dans le bassin n’est pas un jeu, il faut supporter les samskaras enfouis qui ressortent [les samskaras sont nos schémas mentaux et émotionnels]. Alors, j’arrête plusieurs semaines à plusieurs mois, je reprends, j’arrête et ainsi de suite pendant quelques années. Je suis toujours soutenu par la méditation. Et petit à petit « ça » lâche ! J’ai moins mal, je peux fléchir mon dos, marcher, me tenir debout de plus en plus longtemps. En ce moment même, je suis normal. Moralement, je suis plus solide, c’est-à-dire détaché, en retrait, neutre. Même quand j’étais abattu, il y avait une instance en moi qui donnait le change et continuait à me porter vers l’autre. C’est comme si j’étais soutenu par une énergie surnaturelle. Quel mystère ! Les samaskaras – les fantômes, oui ! – sont moins insupportables, ils durent moins longtemps et reviennent moins souvent. Je n’ose pas dire que c’est fini, je préfère affirmer que c’est très bien avancé. Les postures ne suffisent pas. La méditation fait le travail et les postures viennent concrétiser les efforts. Maintenant, les bandhas, les pranayamas et les kriyas ne me font plus peur [en yoga, les bandhas sont les contractions, les pranayamas sont les respirations, et les kriyas les techniques de purification].

QUEL EST TON PLUS BEAU SOUVENIR LIÉ AU YOGA ?

Je ne sépare pas la méditation du yoga postural et respiratoire. Mon plus beau souvenir est quand je contemple la lumière-d’en-haut, qu’elle descend sur moi, se répand dans mon corps. Bon, ce n’est pas simple, là non plus ; après, il y a la purge des samaskaras qui nous rappelle à la réalité de l’enveloppe. Mais comme je dis, c’est un chemin irrépressible. Je ne sais pas pourquoi je le fais, l’appel vers la lumière est impérieux. Je le fais, c’est tout. Il reste plus d’amour, de compassion, de vision pénétrante des réalités du monde ; le détachement d’un monde qui n’existe pas pour s’occuper de chaque être sensible qui existe.

À QUOI RESSEMBLE TA PRATIQUE (TYPES DE YOGA, OU ET QUAND TU PRATIQUES, ETC) ?

Ma pratique est d’abord axée sur la méditation : l’attention au présent de tout ce qui se passe dans le corps. Je considère les asanas comme un prolongement de cette attention, un miroir de ma conscience. Je ne cherche donc pas à respirer, à contracter le périnée ou faire quelque procédure particulière à certaines écoles. Je chercher à relâcher, laisser le souffle envahir l’abdomen, contempler simplement ce qui se passe à ce moment-là. Je pourrais longuement revenir là-dessus, mais dans ce cadre, ce serait bien trop long. Donc, je médite, pratique les asanas de base de la série de Rishikesh, quelques pranyamas et kriyas importants. J’ai 67 ans, les exploits physiques ne sont plus de mon âge, j’adapte donc le travail à ma condition. Je me permets de dire que la profondeur de mon attention, ce que je considère comme le but du yoga, est plus importante actuellement que quand j’avais 40 ans, bien que ma condition physique soit amoindrie. Je suis plus dans le yoga actuellement qu’il y a 20 ou 25 ans ! D’ailleurs, je le comprends plus profondément et plus subtilement.

QUELLE EST TA POSTURE DE YOGA PRÉFÉRÉE ET POURQUOI ? (OU UN PRANAYAMA, UN YOGA-SUTRA, UNE MÉDITATION, … CE QUE TU VEUX !)

Je n’ai pas une posture physique, énergétique ou mentale préférée ; pour moi, c’est un ensemble qui aboutit à une transformation intérieure. Je constate cependant que la méditation ne suffit pas toujours pour l’enveloppe physique. C’est bien qu’il y ait une pratique corporelle, posturale, énergétique, respiratoire associée. Je sens mon corps plus solide, plus souple, comme ma conscience, c’est indéniable et plaisant. J’aime bien le couple solidité/souplesse, autant physique que psychique. Les deux sont des plans différents d’une même réalité. Plus mes articulations lombaires et de la hanche s’assouplissent, plus mon articulation au monde suit le même mouvement. « Je suis plus souple avec le monde » signifie que je suis plus détaché. J’accepte de taire une partie de ce que je perçois, de réduire l’étendue de mes échanges ; c’est une façon de respecter le sensible. Aussi fou que cela paraisse, le monde s’est construit sur le seul lieu interdit de parole. Il fait que tout le discours afférent est illusoire, clivé, vrai et faux en même temps. Alors, tout ce qui tire les humains vers le haut, tout ce qui se rapporte à l’enracinement dans la lumière doit être rapporté.

UNE BELLE RENCONTRE GRÂCE AU YOGA ?

Rencontrer mon intérieur est la plus belle des rencontres. Cela m’a articulé à l’autre, enrichit au contact de son altérité, engagé un mouvement vers la multiplicité de ce monde qui clarifie parallèlement mon rapport à l’unité. Ce que j’ai compris est que notre mental pensant, vous savez, celui pense par lui-même, permet de théoriser le corps, mais ne permet pas de rentrer dans son corps. Il faut une autre procédure pour cela, celle-là même que le monde a refoulé, dont il est dissocié.

MERCI YOGA S’INTÉRESSE DE PRÈS AUX FORMES DE YOGA SOLIDAIRE ET À LA YOGATHÉRAPIE : EST-CE QUE CES APPROCHES DU YOGA SONT IMPORTANTES POUR TOI ?

À travers la méditation, mon yoga solidaire se vit dans le groupe avec lequel je travaille. Dans ma pratique, je suis plus axé sur la transformation individuelle, profonde, pérenne réalisée sur toute une vie ; que sur un apport extérieur, collectif, qui reste plus superficiel et de durée déterminée. Pour aider le monde, il faut les deux et pour cela, des personnes orientées sur chacune des approches.

Je ne sais pas ce qu’est la yogathérapie. Comme dans le commentaire que j’ai laissé sur le blog 3heures, 48mn [coucou Clémentine], on emploie des termes dont les définitions sont imprécises, imaginaires, où l’on trouve ce que l’on cherche. Il y a de la thérapie dans le yoga, mais cela ne veut pas dire que le yoga est thérapeutique. Je crois surtout que nous vivons dans un monde bisounours, clivé, où nous ne sommes pas conscients de l’importance de notre chute cosmique. Elle est réalisée à l’intérieur de notre corps évidemment, au sens figuré et anatomique. Médicalement guérie, une maladie grave ne signifie pas que le sujet l’est ; inversement, une maladie qui n’a pas médicalement guérie peut être le lieu d’une profonde transformation intérieure, d’une ultime mutation qui est la guérison même.

QUELS SONT TES PROCHAINS PROJETS LIÉS AU YOGA (LECTURES, VOYAGES, RETRAITES, FORMATIONS, STAGES, BLOGS ?)

Mes prochains projets sont ceux que je réalise dans mon présent : lectures, voyages intérieurs, retrait constant du monde sur de longues périodes et blogs. Je ne suis pas mûr ni pour les stages ni pour les formations : je n’ai pas tout résolu ! C’est comme l’immense foule : le jour où le stage me trouvera, je saurais où il est.

LE MOT DE LA FIN : POUR QUELLES RAISONS AIMERAIS-TU DIRE « MERCI YOGA » ?

S’il n’y a aucune raison pour aider l’autre, il n’y en a aucune pour dire merci. Merci donc à Merci Yoga de m’avoir permis de le dire.

MERCI Robert pour ton témoignage !

 

Si toi aussi comme Robert tu souhaites raconter ton histoire avec le yoga, rendez-vous sur la page « Témoigner« . A bientôt !

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