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Le yoga est-il forcément thérapeutique ?

Le 11 mai dernier avait lieu la Yoga Therapy Conference à Amsterdam. Après de nombreuses interventions variées sur le yoga et la thérapie au sens large du terme, la question la plus attendue a été posée par les participants : « qu’est-ce que la yogathérapie ?« . Cet événement (auquel je me suis rendue avec Émilie de My Happy Yoga, et Claudia de Yoga Passion) ainsi que la polémique récente concernant la position de Yoga Alliance sur la yogathérapie, m’ont amenée à m’interroger sur ce concept de plus en plus répandu. N’y voyez-là aucun parti-pris – je n’aurais aucune légitimé à cela -, mais simplement des réflexions sur un sujet passionnant qui ne met pas tout le monde d’accord.

Yogathérapie, quésaco ?

Il semblerait que le concept de yogathérapie ne soit pas si récent. Pendant des siècles en Inde, le yoga s’adressait à ceux qui souhaitaient emprunter le chemin de la connaissance. Par la spiritualité tout d’abord, puis par les postures physiques (avec le Hatha Yoga), qui sont arrivées dans un second temps pour pouvoir préparer le corps à tenir de longues heures en posture méditative, traditionnellement le lotus (ou padmasana en sanskrit). La yogathérapie, Yoga Cikitsa en sanskrit, combinait alors les outils du yoga (asanas, pranayama, méditation…) et les connaissances de l’Ayurveda, médecine indienne traditionnelle vieille de plus de 5000 ans.

En France, le terme « yogathérapie » a été utilisé pour la première fois dans les années 1970 par Bernard Auriol, médecin psychiatre et psychanalyste qui a placé le yoga et la méditation au cœur de ses méthodes. Mais alors, pourquoi avons-nous eu besoin d’accoler le terme « thérapie » au yoga ? Le yoga n’en est-il pas une, intrinsèquement ? La yogathérapie diffère-t-elle réellement du yoga au sens large ?

Prof de yoga, un médecin comme les autres ?

Étymologiquement parlant, on peut deviner quelques pistes de réponse. Le mot « thérapie » vient du grec « therapeutikos », qui renvoie au fait de soigner ou soulager un trouble ou une maladie par des moyens de remédiation (ou des « remèdes »). Comme le souligne Leslie Kaminoff, fondateur du Breathing Project et auteur du célèbre « Yoga Anatomy », « même le plus expérimenté des yogathérapeutes ne « soigne » pas une maladie ou un trouble par des remèdes, qui sont plutôt utilisés dans les systèmes médicaux.

Yoga is not a medical system. Yoga is a set of principles that show us we are interconnected, multidimensional beings composed of body, breath, and mind.

Leslie Kaminoff, I’m Not a Yoga Therapist Anymore

Peut-on alors parler d’un abus de langage ? Oui et non, car le yoga peut « soigner » sans remède, avec la simple puissance du corps et de l’esprit, sans pour autant relever du miracle. Nous sommes nos propres moyens de remédiation. Nous ne sommes pas passifs face au yoga. Nous devons comprendre le yoga, le pratiquer sous les formes qui nous conviennent, l’intégrer dans tous les aspects de notre vie, pour pouvoir apercevoir la guérison. Le yoga nous apprend à être notre propre thérapie. N’est-ce pas encore plus beau que la définition initiale ?

Si le yoga est en soi une thérapie, cela revient-il à affirmer que tous les professeurs de yoga sont des yogathérapeutes ? Rien n’est moins sûr.

Lorsque l’on souhaite se tourner vers le yoga dans un objectif thérapeutique, il est fort probable que l’on soit attentif au socle de compétences de notre futur.e yogathérapeute. Ce dernier devra attester de compétences en médecine, en anatomie, ou plus globalement du système physiologique et psychologique de l’homme.

Cela a été soulevé à la Yoga Therapy Conference par plusieurs intervenants américains et hollandais : un yogathérapeute doit avant tout être un professionnel de santé, avant même de s’affirmer professeur de yoga. Cela amène à des profils hybrides, tels que des médecins ou des psychiatres professeurs de yoga. Un « simple » professeur de yoga ne peut pas, selon eux, se targuer du titre élogieux de yogathérapeute.

Yoga Therapy Conference
Yoga Therapy Conference, 11 mai 2017 à Amsterdam

En France l’Institut de Yogathérapie, fondé par Lionel Coudron, nous donne une définition plus élargie de la yogathérapie : « La yogathérapie est l’utilisation spécifique des outils du yoga appliqués à la prévention et du traitement de personne souffrant de pathologies. La yogathérapie part de l’idée essentielle que le corps est capable d’autorégulation, et que de nombreux maux sont avant tout liés à une dérégulation de l’organisme. Le yoga permet de maintenir un équilibre, et la yogathérapie vise à utiliser ces outils pour développer ses ressources personnelles, et restaurer cet équilibre naturel, tant physique que mental. La yogathérapie s’appuie ainsi sur les outils et expérience du yoga, couplés avec les connaissances scientifiques et médicales actuelles. Ainsi, la yogathérapie n’est en aucun cas un substitut aux thérapies médicales modernes, mais est au contraire un ensemble d’outils complémentaires utilisable conjointement aux traitements médicaux. »

On comprend alors que la yogathérapie reste le yoga « classique », et qu’elle ne saurait constituer un traitement à elle seule. Elle intervient en complément aux systèmes de médecine, et c’est en cela que le yoga devient thérapie.

D’ailleurs, en France, l’impératif du titre de professionnel de santé semble moins prédominant que dans d’autres pays comme les États-Unis ou les Pays-Bas. Les formations en yogathérapie, notamment celle du médecin Lionel Coudron en 2 ans à l’Université Diderot, et celle de Bernard Bouanchaud, sont principalement ouvertes aux professeurs de yoga (et aux professionnels de santé pour la formation de Lionel Coudron). Ce qui démontre assez bien l’ouverture française accordée à tout type de profil.

Yoga Alliance, anti-yogathérapie ?

C’est en effet ce que clament un grand nombre de professeurs de yoga depuis quelques mois.

Fin 2016, une pétition a été lancée sous l’interpellation « TELL YOGA ALLIANCE, « ALL YOGA IS THERAPEUTIC !« . A l’origine de cette colère soutenue par plus de 710 professeurs de yoga : la modification des termes du Registre Yoga Alliance, qui recense tous les professeurs, écoles et formations de yoga qui bénéficient de la « certification » Yoga Alliance.

Yoga Alliance, c’est l’organisme de référence en ce qui concerne la certification des professeurs, des écoles, et des formations. Elle délivre les fameux « RYS » (Registered Yoga Schools) et « RYT » (Registered Yoga Teachers), sous réserve d’une adhésion préalable. Il semblerait qu’elle joue un rôle de garant en auditant régulièrement les programmes des formations et des écoles, mais les critiques sur la qualité et la régularité des audits sont si nombreuses qu’il est difficile de l’affirmer.

Depuis peu, Yoga Alliance impose aux membres certifiés de son registre de ne plus faire apparaître le terme « yogathérapie » ou « yogathérapeute » sur leurs fiches du registre, mais également sur leurs propres moyens de communication (site web, etc.). Si toutefois les professeurs concernés souhaitent utiliser ces termes, ils doivent ajouter un « disclaimer » afin d’attester l’origine de l’utilisation de ces termes (formation spécifique, profession médicale, etc.) et de dégager Yoga Alliance de toute responsabilité.

Cette décision de Yoga Alliance provient d’un constat difficilement critiquable : le terme « yogathérapie » serait utilisé à tout-va et sans réel fondement par un trop grand nombre de professeurs, écoles et formations de yoga. L’organisme ne souhaite pas être impliqué dans la certification de la yogathérapie au sens large du terme. En revanche, il ne réfute absolument pas le fait que le yoga puisse être enseigné à des personnes plus vulnérables : maladie, handicap, vieillissement, etc.

Andrew Tanner en dit un peu plus en vidéo sur la position de Yoga Alliance au sujet de la yogathérapie :

Vidéo Yoga Alliance

Dans le cadre des formations de professeurs de yoga, Yoga Alliance distingue ainsi deux types de situations :

  • Ne peuvent bénéficier d’une prise en compte dans le cadre du RYS les formations relatives aux traitements et soins par le yoga, d’une maladie, d’un trouble médical ou de symptômes spécifiques
  • Peuvent en revanche en bénéficier les formations relatives à l’enseignement du yoga à des personnes en situation de maladie, de handicap, ou toute autre vulnérabilité ; mais aussi à l’enseignement des contre-indications et d’un yoga adapté

De ce point de vue là, on en reviendrait encore à l’idée d’un abus de langage généralisé. Beaucoup de professeurs – du moins en France – utilisent le terme de yogathérapie sans nécessairement correspondre à la première situation évoquée par Yoga Alliance. Combien de professeurs de yoga donnent des cours dans l’objectif unique de traiter une maladie ou tout autre trouble médical, de façon personnalisée, en cours particulier (comme une « consultation ») ? Il y en a bien sûr quelques-uns, mais ils représentent une minorité par rapport à l’ensemble de ceux qui utilisent le terme « yogathérapie » dans leur présentation. Est-ce à dire que les autres ne sont pas vraiment des yogathérapeutes ?

Difficile de trancher sur cette question. Car la guérison, le soin, la thérapie, viennent bien souvent après être « tombé en amour » avec le yoga, auprès d’un professeur traditionnel qui ne dispose pas nécessairement du titre de thérapeute. Le yoga « classique » a encore, fort heureusement, de beaux jours devant lui.

Le yoga peut être une thérapie sans en porter le nom. Tout serait donc une question d’expérience et d’individualités…

Et vous, qu’en pensez-vous ? Parvenez-vous à vous faire un avis tranché sur la question ? N’hésitez pas à en débattre en commentaires ! 

Un article de Tiphaine

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Tiphaine de Merci Yoga

Yogini passionnée et blogueuse à mes heures perdues, j'adore découvrir et mettre en lumière les histoires de ceux qui souhaitent dire : MERCI YOGA :-)

8 thoughts on “Le yoga est-il forcément thérapeutique ?

  1. Ce qui me dérange c’est que l’on met des étiquettes sur tout et yogatherapie peut faire un peut racoleur. Et pourtant en soi je pense qu’en effet le yoga est une thérapie quand je vois tous les effets que cela a eu sur moi. Je n’ai pas eu pour autant des professeurs de yogatherapie, j’ai juste pratiqué du yoga.
    Après il y a certaines population très vulnérable ou malade qui nécessite une très bonne adaptation de la pratique de yoga et en tant qu’infirmiere la yogatherapie au sens de Lionel coudron m’intéresse aussi ainsi qu’une formation dans ce sens mais parce que je veux pouvoir adapter comme il se doit le yoga aux personnes, leur faire du bien.
    Bref ce commentaire est un peu brouillon mais je suis un peu partagée entre tout ça ^^

    1. Merci pour ton commentaire, il reflète parfaitement ma pensée aussi 🙂
      Cette confusion est sûrement due au fait que l’on est en effet comme tu le dis envahi d’étiquettes et que la yogathérapie n’y échappe pas… mais elle est pourtant tellement nécessaire ! Tous les professeurs de yoga ne sont pas des thérapeutes, mais le yoga est intrinsèquement thérapeutique… De là à distinguer le yoga de la yogathérapie comme le fait Yoga Alliance, ça me semble un peu exagéré…
      Un vaste sujet 🙂
      Tiphaine

  2. Super article Tif ! Merci d’avoir posé la question Et d’avoir abordé tous ces points pour y répondre. Mon point de vue à ce sujet n’est pas tranché mais je pense que pour éviter tout abus de langage, une personne peut se targuer d’être yogatherapeute si et seulement si elle dispose de connaissances et d’expériences en yoga « suffisantes » Et certifiées ET est professionnel de santé. Je ne connaissais pas cette polémique Yoga Alliance mais je dois dire que là, je suis carrément d’accord avec eux. 🙂

    1. Merci pour ton commentaire !
      Je suis entièrement d’accord avec toi. Y a juste que Yoga Alliance y va un peu fort à mon sens. J’imagine qu’il y a plein de professeurs qui se sont retrouvés à devoir mettre des disclaimers un peu partout sur leur site, cartes de visite et compagnie, alors que dans le fond, ils continuent toujours d’enseigner avec la même passion. Mais c’est sûr que sans ça, il y a des dérives…
      Pas facile d’avoir un avis tranché 😉

  3. Bel article.👏

    Pour moi la « yogatherapie » (du moins dans la formation que je suis en ce moment) est un outil qui sort du cadre d’un Cours de yoga… Issue de l’enseignement de Krishnamacharya, elle découle du viniyoga et se Fait en « consultation » en face à face. On « prescrit » des postures ou des pranayamas pour traiter ou soulager un mal à la façon d’un thérapeute. Ça n’a rien avoir avec l’idée qu’on se Fait d’un Cours de yoga et ressemble davantage à une séance de Kiné !

    Maintenant, de façon générale le Yoga avec un grand « Y » reste clairement thérapeutique par son essence même, sans aucun doute et j’en fais l’expérience chaque jour. Mais pour moi ce sont deux « disciplines » différentes.

    1. Merci Diane pour ta contribution super intéressante.
      En effet c’est là toute la confusion répandue un peu partout : le yoga est thérapeutique mais tous les cours de yoga ne sont pas de la yogathérapie…
      Dans les cours de YT que tu mentionnes, est-ce qu’il s’agit selon toi malgré tout de Yoga (au sens large du terme), ou est-ce que la partie philo et spirituelle du yoga est délaissée au profit de l’apport santé ? Plus clairement : quelqu’un de très éloigné du yoga pourra-t-il comprendre ce qu’est intrinsèquement le yoga après avoir suivi un cycle de YT ?
      Je ne savais pas que ta formation YT découlait du vini. Sur ce sujet tu devrais avoir de quoi discuter longtemps avec Emilie (My Happy Yoga) qui a été formée en vini, et s’intéresse aussi de près à la YT. Je serais ravie d’avoir tes retours sur la formation, ça a l’air génial 🙂
      Belle soirée !

  4. Bonsoir merci-yoga,
    Aucun mot ne peut définir ni la santé ni la maladie, ni la vie ni la mort, ni le corps ni la conscience, encore moins le traitement ni la guérison. On peut leur donner une définition nécessaire pour produire un effet quelconque. Cet effet peut se reproduire et valider sa réalité sur une longue période, mais il n’est ni pérenne ni définitif : ça ne va pas plus loin.
    Peut-être qu’arrivé à un âge avancé en bonne santé, ou sans trop de déséquilibres, peut-on dire que notre parole a été authentique. En attendant, nos certitudes, nos mots, nos actions peuvent témoigner de notre orgueil. Je ne dis pas que c’est obligatoirement ainsi, je dis : c’est possible.
    En tous les cas, sans définition claire de ce qu’est un traitement, on ne peut même pas dire que la médecine scientifique guéri !
    Les profs de yoga qui décompensent après 20 ou 30 ans ou plus de pratique, quelle qu’en soit la manifestation, j’en ai vu. Ils m’ont fait peur. Quelle prise salutaire de conscience ! Maintenant, je pratique, trois pas en avant, deux pas en arrière et je me méfie des mots. Peut être qu’à 90 ans, si j’y arrive sans trop de casse, je pourrais dire que telle ou telle certitude avancée au cours de ma vie était juste.
    En yoga, on ne vous demande pas de définir s’il est thérapeutique ou pas, on vous propose d’être attentionné au présent de tout ce qui se passe dans votre corps, en dehors de toute production mentale, c’est tout. Tout le reste est illusoire.

  5. Le yoga à des effets bénéfiques pour la santé, il y a de nombreuses études qui le démontrent. Le terme de yoga-therapie définit une pratique de soins individualisés mais peut aussi s’étendre à un groupe ( yoga chikitsa, la première série d’ashtanga vinyasa yoga).

    Il paraît important d’être formé au yoga et à la médecine pour espérer soigner les patients/élèves qui s’en remettent à nous. Cela évite de faire n’importe quoi, de comprendre ce que l’on fait et de respecter le premier commandement:  » ne pas nuire ».

    Cela représente donc un investissement qui se compte en années pour consolider ses connaissances et son savoir faire.

    Si ce chemin vous intéresse, je vous souhaite bonne route.

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