« Le désarmement extérieur passe par le désarmement intérieur. Le seul vrai garant de la paix est en soi », Dalaï Lama

Dans les jours qui ont suivi les attentats qui ont touché la France en novembre 2015, nombreux sont les professeurs de yoga à avoir ouvert leurs portes gratuitement pour des séances de yoga, des méditations ou de chants. Un élan de générosité immense face à la peine et au choc ressenti par l’ensemble d’entre nous.

Les studios sont alors devenus des refuges, des abris, des lieux de paix où le tumulte extérieur n’avait plus sa place. C’est le cas de l’association Art of Living (11ème arrondissement à Paris), fondée par  Sri Sri Ravi Shankar en 1981, qui proposait gratuitement quinze « ateliers gestion du stress post-traumatique ». Chez Rasa Yoga Rive gauche (5ème arrondissement à Paris), l’équipe a décidé de proposer cinq pratiques matinales pour la paix.

Studio Rasa Yoga
Studio Rasa Yoga

Car le yoga peut aider à surmonter le stress post-traumatique ressenti après de tels événements, qui ne concernent d’ailleurs pas seulement les victimes ou les personnes présentes sur place. La revue Les Cahiers du Yoga (n°24) évoquait le cas de Sophie, qui se trouvait à la terrasse du Bataclan Café le 13 novembre 2015, et qui a réussi à surmonter ses angoisses grâce au yoga. Assise derrière son ordinateur en extérieur lorsque les premiers coups ont retenti, elle raconte comment elle s’est immédiatement « réfugiée sous [la] petite table de bistrot, d’où [elle] a vu le corps d’un homme à terre et l’un des tireurs avec son arme de guerre ». S’ensuivit une fuite à son domicile, et la découverte, avec son mari, de « l’ampleur du drame à la télévision ». Après plusieurs semaines à vivre dans la peur permanente, elle décide de rejoindre un cours de yoga suite aux conseils d’une amie. Et là, c’est « une renaissance ». Elle retrouve son sourire. Elle joue au yoga avec ses enfants. Et elle revient, chaque semaine, assidûment, le corps chaque fois plus détendue. Elle raconte que les pranayamas l’ont particulièrement aidée, et notamment Nadi Shodhana (respiration alternée), qu’elle a expérimenté lors d’un voyage en avion qui la terrifiait.

Son témoignage, passionnant, nous amène à penser que le yoga peut jouer un rôle essentiel lors d’événements de ce type :

  • Retrouver du sens dans ce que l’on fait, se recentrer sur le moment présent
  • Retrouver ses sens dans des situations où l’on est complètement vidé, choqué
  • Vivre, sur son tapis, un moment de paix avec soi-même, avec les autres élèves, avec son professeur, dans une bulle protectrice
  • Retrouver la paix en soi dans un climat où l’on ne perçoit plus la paix extérieure
  • Et surtout, réussir à ne pas répondre à la haine par la haine

Une mise en pratique concrète d’Ahimsa (principe de non-violence), en quelque sorte…

Pour les professeurs, cela n’a pas dû être une chose facile d’assurer leurs cours dès le lendemain de ces atrocités. Mais certains ont fait du yoga leur force, et ont décidé de transmettre cette force à leurs élèves, à l’instar de Laurence Gay qui racontait sur son blog : « Dans quelques heures, j’anime un stage de yoga et je ne sais pas dans quel état d’esprit les participants vont arriver à ce stage. Le thème de notre stage : les appuis et la force. J’avais en tête des anecdotes amusantes à distiller pendant notre session, je ne sais pas si cela sera toujours de mise. Je pense que cela devra l’être. Les appuis et la force, c’est peut-être ce qu’il y a de mieux à cultiver dans une situation comme celle que nous traversons ici et maintenant. Ancrons-nous, non pas dans des croyances ou des préjugés. Ancrons-nous dans notre humanité. Elle est notre force. ».

De mon côté, en tant qu’élève, j’ai le souvenir d’avoir donné des « intentions » particulières pendant mes pratiques personnelles qui ont suivi le 13 novembre. Je dédiais alors mes séances aux victimes, aux familles, et même si c’était douloureux, je sentais que c’était indispensable pour pouvoir simplement « être » sur mon tapis.

Enfin, cet article ne pouvait pas se terminer sans adresser un hommage particulier à une victime des attentats du 13 novembre, Nicolas Degenhardt, 37 ans, professeur de yoga originaire du Mans. Les yogis que nous somment accordons une pensée particulière à ses proches…

 

6 thoughts on “Après un attentat, le yoga peut aider”

  1. Finalement, avec ma façon de lutter contre une émotion extrême par une neutralité apparente, il suffit d’un article comme celui-ci pour me rappeler à l’ordre de mon humanité.
    Je cherche à rester neutre vis-à-vis de cet événement, mais chaque fois que je passe devant un des cafés où il y a eu une fusillade, j’ai la gorge qui se serre et l’humilité qui m’envahi ; ma voix se bloque et je baisse la tête.
    Maintenant retraité, j’étais engagé dans des soins à l’époque. Je n’ai pas hésité à proposer des soins gratuits à une personne ayant vécu les attentats.
    Dans les médias, nous n’avons jamais entendu parler de cet élan de générosité de la part des enseignants de yoga sur Paris. Le bien être les intésse-t-il encore ?
    Merci pour ce partage.

    1. Merci beaucoup pour votre précieux message.
      Bravo pour votre engagement dans le cadre de vos soins.
      Je suis convaincue que le bien-être et la solidarité est primordiale pour de nombreux professeurs de yoga. Encore faut-il les dénicher et en parler 🙂 C’est ce que l’on va essayer de faire sur Merci Yoga, et j’espère que l’on y parviendra !
      A très bientôt,
      Tiphaine

      1. Je précise Typhaine, que la personne dont je parle n’est pas venue me voir. Qu’importe, c’est son choix, puisqu’elle a clairement été informée de la gratuité des soins. Pour ce qui me concerne, mon choix a été une décision transformatrice.
        On se trouve surpris parfois d’être généreux à partir d’une force qui jailli de soi-même sans qu’on ne la contrôle, comme si un autre prenait notre place pour faire ce genre de chose sans qu’on ne s’en rende compte ; comme si cet autre nous offrait une solidarité incontournable qu’il ne nous restait plus qu’à recevoir. Je me sens mieux après !

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